Les femmes doivent oser se lancer #entrepreneuriat
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Les femmes doivent oser se lancer #entrepreneuriat

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A la question « quels sont vos modèles de réussites entrepreneuriaux ? » très peu d’entrepreneurs citent des noms de femmes. Et quand des entrepreneuses sont citées, il s’agit de quelques noms qui reviennent systématiquement : Fany Pechiodat, Catherine Barba ou Céline Lazorthes.

Le paysage entrepreneurial manquerait donc de modèles de réussites féminins. Ce qui serait peut-être une des causes pour lesquelles peu de femmes créent leur entreprise encore aujourd’hui ? A ceci, nous pouvons y ajouter la faible présence de femmes dans les conférences ou les médias, sans oublier l’auto-limitation et le manque de confiance en elles, dont les femmes font preuve lorsqu’il s’agit de se mettre en avant et de faire parler d’elles.

Pourquoi peu de femmes se lancent dans la création d’entreprises en France ?

  • La peur d’oser

Comme l’a évoqué l’APCE en février dernier, seulement 32% des créations d’entreprise en 2010 concernent des femmes, alors que l’environnement entrepreneurial français est un des plus favorables pour la création d’entreprises féminine à potentiel (4e rang mondial sur 17 pays).

Selon Garance Yverneau, fondatrice du cabinet de conseil dédié aux femmes www.5aconseil.com et de www.happyfamilies.fr avec son frère, les femmes s’autolimiteraient « elles manquent souvent de confiance en elles pour se lancer. Elles font face à beaucoup de freins socio-culturels et psychologiques qui les empêchent d’oser ! Elles manifestent souvent une peur d’échouer supérieure à celle des hommes ».

Garance Yverneau

Pourtant ces chiffres encore faibles progressent : en 2002, 26% des créations d’entreprises étaient le fait des femmes puis 29% en 2006. « C’est peu, mais les chiffres progressent et ne cesseront, à mon sens, de progresser » indique Karen Patouillet fondatrice de l’Agence de relations presse Vingt-Quatre et du magazine We Love Bourgogne. Karen ajoute « L’image de l’entrepreneur qui réussit est encore très masculine en France. » et peut-être que ce qui inhibe les femmes réside « dans le fait de se dire que l’idée qu’on a peut se traduire par une réussite entrepreneuriale » et de ne plus rentrer dans les cases : femme, épouse et maman qui revendique son indépendance mais pas trop (pas encore).

Karen Patouillet

Tout le monde a un talent, une compétence à partager… Il suffit de se lancer ! – Béatrice Gherara

  • Les stéréotypes ont la vie dure

Stéphanie Huguet, fondatrice de Step By Stef Events ajoute même « nous sommes dans une société ou votre entourage vous « case » encore beaucoup trop dans des catégories. La femme entrepreneuse et indépendante est encore beaucoup trop montrée du doigt. On imagine qu’elle n’est pas sensible, qu’elle n’a pas de projet personnel, familial, dés lors qu’elle se consacre entièrement à son travail pendant une période de sa vie« . Les clichés ont la vie dure, malgré une évolution notoire des mentalités aussi bien du côté des hommes que des femmes. Voire peut-être même plus auprès des hommes que des femmes si on en croit l’étude réalisée par Ipsos à l’occasion du Forum ELLE Active des 27 et 28 mars 2015 dans laquelle on apprend que 66% (62% des mamans) des femmes vivant en couple estiment que leur conjoint les pousse à avoir de l’ambition professionnelle mais qu’elles ont beaucoup plus de difficultés pour demander de l’aide que les hommes en cas d’imprévu, la crainte d’être une « mauvaise mère » restant très forte et par conséquent bridant leurs ambitions professionnelles.

Stéphanie Huguet

Les femmes sont donc aujourd’hui les victimes d’une « double peine ». Elles se retrouvent doublement limitées dans leurs ambitions : d’une part par le contexte économique qui les empêche de progresser, de l’autre par leur maternité et l’organisation au sein du foyer qui viennent leur volonté de gagner en responsabilité soit au sein de l’entreprise soit en créant la leur. Près d’un quart d’entre elles s’interdit pour ces raisons de mettre en valeur leurs qualités professionnelles (23%).

Beaucoup de femmes s’autolimitent, et se sacrifient au détriment de leurs hommes – Stéphanie Huguet

• Les nouvelles générations vont-elles faire voler en éclat les freins de leurs ainées ?

  • La génération Y, fer de lance de l’entrepreneuriat féminin

La jeune génération dite Y semble moins affectée par ce « plafond de verre » qui bride la motivation de leurs ainées – les 35 ans et plus. L’étude de PwC, The female millennial : A new era of talent » qui chasse les idées reçues sur les femmes au travail, révèle que les femmes de la génération Y sont plus sûres d’elles et font preuve d’ambition. Elles sont plus confiantes dans leur capacité d’évolution de carrière que la génération dite X même si plus de la moitié d’entre elles pensent que les hommes sont encore plus avantagés que les femmes dans la vie professionnelle.

Selon Béatrice Gherara, co-fondatrice du site de partage de savoir KoKoroe « les ainées ont ouvert la voie et ont facilité beaucoup de choses… Pour nos générations, les vraies évolutions sont dans la façon de se projeter dans l’avenir, de consommer différemment et d’utiliser à fond le système D. » Entreprendre serait devenu plus facile pour les jeunes femmes grâce à internet qui « nous rend plus libre, nous affranchit des distances, nous permet de dégager des compléments de revenus qui permettent de se lancer parfois plus facilement dans l’aventure entrepreneuriale« .

Les jeunes femmes d’aujourd’hui sont actrices de cette mutation sociétale, tout comme leurs mères ont participé aux mouvements féministes des années 70 pour revendiquer plus de liberté personnelle. En 2015, elles veulent créer leur entreprise et … changer le monde. Le mobile, la 4G, l’économie collaborative, la quête de sens, l’accomplissement personnel, le droit à être soi influence énormément cette génération qui souhaite prendre sa vie en mains sans laisser la société et les schémas patriarcaux le faire pour elles.

L’envie de créer est bien réelle et que c’est une tendance durable : les rôles modèles de jeunes entrepreneurs vont se multiplier, nous allons nous investir de plus en plus dans des projets où nous goûteront aux sentiments de liberté et de sens – Jennifer Moukouma

  • Les aspirations des jeunes femmes ne sont plus les mêmes

« Aujourd’hui, on consacre plus de temps à ses études, sa carrière, on se marie plus tard, ce qui permet aux jeunes de 20 à 30 ans de se trouver sur un même pied d’égalité en ce qui concerne leurs projets professionnels » explique Stéphanie qui lors de sa reconversion professionnelle en 2013 a pu constater que les jeunes filles étaient « pleines de bonne idées et beaucoup plus ambitieuses que les générations précédentes, au sortir de leurs études« , leur vie professionnelle étant plus importante que le souhait de fonder une famille, comme cela pouvait être le cas 15 ans auparavant.

La création d’entreprise est un bon moyen pour les femmes de briser le plafond de verre – Garance Yverneau

Créer son entreprise est perçu comme un meilleur épanouissement tant sur le plan professionnel que personnel par 69% des femmes. « Les nouvelles générations osent davantage » indique Karen. Elles font fi des stéréotypes, des recommandations et repoussent leur désir de fonder une famille à plus tard « le fait que je sois une femme m’a beaucoup influencé. A 30 ans, j’aurais sans doute d’autres projets de vie que celui de vouloir créer ma première entreprise (comme avoir des enfants par exemple) » explique Meryl Benitah fondatrice de La Boite qui Cartonne.

Comme le dit Karen « je pensais en termes de « métiers potentiels » quand j’avais 20 ans ; ils pensent aujourd’hui en termes d’opportunités et c’est bousculant, mais très positif » pour toutes les femmes, même les plus âgées qui osent lancer leur boite à la faveur d’un grand changement de vie : naissance, divorce, burn out… Là ou avant elles auraient chercher un autre job, aujourd’hui elles créent leur entreprise et leur vie.

• Comment stimuler l’entrepreneuriat féminin ?

Si les jeunes générations contribuent grandement à favoriser l’entrepreneuriat féminin, il n’en reste pas moins que des mesures de plus grandes ampleur doivent se mettre en place.

  • Rassembler les femmes autour de valeurs et d’envies communes

Les associations, prix et autres events dédiés aux femmes entrepreneurs en sont un exemple. Loin d’être stigmatisant ou comme certains le pensent, à tort ou non, une forme de « discrimination positive » à l’américaine, ces initiatives stimulent l’envie de se lancer « elles aussi » chez les femmes. Ils sont « absolument indispensables pour prouver à celles qui n’osent pas, que c’est possible ! » pense pour sa part Stéphanie. Il est important pour les femmes d’avoir des modèles de réussite, des mentors pour se dire que tout est possible.

D’autres comme Karen sont plus réservées « j’ai toujours été très sceptique sur ce type de « promotions ». Les femmes n’ont pas besoin d’un prix dédié aux femmes pour être reconnues dans leur métier. Elles sont entrepreneurs avant tout. Mais il faut bien reconnaître que cela permet de mettre un coup de projecteur sur leur parcours. »

La véritable distinction intervient quand une femme remporte un prix parmi les hommes, parmi d’autres entrepreneurs – Karen Patouillet

  • Augmenter la présence des femmes entrepreneurs dans mes médias

Tant qu’une différence se fera ressentir, il faudra mettre les femmes à l’honneur le plus souvent possible. « On a besoin d’exemples, de témoignages, de s’identifier à Madame Toulemonde qui a eu le courage de créer, et qui a réussi » explique Stéphanie. Les médias ont leur part à jouer, en mettant en avant les femmes dans leurs reportages, témoignages et interviews. Voir plus de femmes réussir dès le plus jeune âge conditionnerait les petites filles et les adolescentes à se lancer elles aussi par la suite. « C’est en voyant d’autres femmes oser, qu’on a envie de se lancer » indique Béatrice.

« Les femmes ne sont pas assez invitées encore aujourd’hui à s’exprimer dans les médias, conférences ou autres, mais il est vrai que les femmes elles-mêmes ne se rendent pas assez visibles » constate Garance. Dans ce cas là, la discrimination positive a toute sa place et c’est pourquoi, « il existe un outil très simple où les femmes peuvent se faire référencer en tant qu’experte sur un sujet particulier : http://us2.campaign-archive1.com/?u=c3456bbbde07c441617e0fe02&id=0fb386f3ad&e » ajoute t-elle.

Une idée ? Entreprendre encore davantage et OSER !