« J’aime mon job, car je n’ai pas un mais plusieurs jobs » Marie-Capucine Reyt fondatrice de WeSoundCompany
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« J’aime mon job, car je n’ai pas un mais plusieurs jobs » Marie-Capucine Reyt fondatrice de WeSoundCompany

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Marie-Capucine Reyt, c’est une jeune entrepreneuse hyperactive, passionnée et « pushy » comme elle dit. Elle a récemment créé sa boite de prod qui travaille aussi bien pour des startups que des groupes de musique ou des marques high tech. Chez WeSoundCompany, le client est individualisé, coaché, accompagné tout au long de la mission : une offre innovante dans un secteur hyper-concurrentiel mais pas toujours professionnel…

Marie-Capucine nous en dit plus sur son parcours de chef d’entreprise, ses projets, ses réflexions et sa startup :

portrait de la team wsc wesoundcompany realise par florie berger photographe paris

Qui êtes-vous ?

Je ne sais pas encore. A 27 ans c’est compliqué de répondre à cette question. On m’a déjà dit : « Tu ne sais même pas que tu existes », et c’est quelque chose qui m’est resté et que je dis très souvent.

Selon moi, on est ce que l’on fait, donc je suppose que je suis quelqu’un qui entreprend.

J’ai fait des études de Gestion à la Sorbonne, j’ai été très médiocre jusqu’à mon M1, et je me suis rendue compte que j’avais quelque chose à faire pendant mon M2. Alors j’ai sauté le pas, pour voir, et surtout pour vivre quelque chose de particulier.

Que faites-vous ?

J’ai monté une boite de prod que j’ai légalement lancée fin janvier 2015. Je me suis entourée de talents rares (en photographie et en vidéo notamment), et je multiplie les casquettes pour nous permettre de nous faire un nom, humblement, sur le marché actuel.

En fait, j’ai quitté le monde du salariat parce que j’en avais marre d’être la stagiaire sous-payée et pressée comme un citron. Mais finalement c’est un peu ça un entrepreneur au début de son aventure. On est plus « start » que « up », on travaille sans compter, c’est ce que nous sommes, et c’est ce qui est passionnant.

J’ai quitté le monde du salariat parce que j’en avais marre d’être la stagiaire sous-payée et pressée comme un citron

Une philosophie de vie ?

J’en ai plusieurs, qui me viennent des expériences des autres ou des miennes, ne me tentez pas !

Je vais plutôt vous répondre en vous disant que souvent, je pense à ces gens qui vivaient il y a un petit moment à Paris, et je prends conscience du caractère extrêmement limité de nos vies. Je me dis qu’on ne vit qu’une fois justement, pas forcément longtemps, et qu’il faut en profiter pour optimiser ses capacités et laisser une trace comme on peut. C’est sans doute une philosophie de vie.

Des regrets ?

Forcément, mais je crois au destin. J’aime bien comparer la vie aux accidents d’avion. Je me souviens d’avoir parlé avec un dirigeant dans l’aviation qui m’avait dit, que les accidents d’avion étaient presque chaque fois issus d’une somme de mauvaises décisions de la part du pilote. Et je pense que la vie, c’est aussi issu d’une somme de décisions, bonnes ou mauvaises. Comme j’aime bien la mienne en ce moment, je préfère me dire que ça ne sert pas à grand chose de regretter quoi que ce soit. Même si je suis partisane des bilans réguliers. La remise en question c’est une excellente chose. Si votre question porte sur le choix d’entreprendre, alors non je ne regrette pas. Mais je ne vous cache pas qu’il m’arrive parfois de me demander pourquoi j’ai choisi une voie si peu évidente.

Il m’arrive parfois de me demander pourquoi j’ai choisi une voie si peu évidente

Pourquoi êtes-vous devenu entrepreneur ?

Parce que je m’ennuie depuis que je suis en âge de m’ennuyer. J’ai voulu créer un traineau quand j’étais petite, on m’a expliqué que ça existait déjà. J’ai ensuite voulu monter une startup qui louait des sapins de noëls pour les replanter ensuite. C’était en 2007, ça n’existait pas à l’époque, mais maintenant oui. Et j’en suis très heureuse j’adore cette idée.

L’entreprise au sens littéral du terme, c’est très excitant. C’est pour ça que je suis devenue entrepreneur. Même si c’est encore difficile pour moi de dire « je suis entrepreneur », après quelques mois seulement d’exercice. Mais le gout du défi quotidien, la soif d’apprendre de nouvelles choses et de se perfectionner dans des domaines qu’on sous-exploitait, c’est génial.

Qu’est ce que le projet apporte de neuf et de différent par rapport à la concurrence ?

C’est un sujet qui est souvent sur la table. La plupart des gens quand on leur parle d’innovation, pensent innovation technologique. Je ne suis absolument pas de cet avis. Alors très bien, créer une nouvelle technologie c’est excitant, c’est tendance et ça fait rêver, mais être innovant, n’est pas uniquement l’être technologiquement.

Chez WeSoundCompany, nous sommes innovants. Nous ne codons pas, non n’avons pas créé de systèmes de sécurité convoités par la NASA, nous ne sommes pas actionnaires dans une startup d’objets connectés, nous n’avons pas révolutionné le monde en surfant sur la vague de la sharing economy, mais je vous assure, nous sommes innovants.

Nous sommes innovants, car en plus de la production audiovisuelle pure et simple, nous apportons à nos clients une activité de conseil et un suivi personnalisé, que nos clients eux-mêmes qualifient de rares. Notre photographe historique est très portée sur le traitement privilégié du client, et c’est une valeur que nous défendons et qui est fondamentale pour nous. Nous proposons des concepts adaptés à chacun.

Nous sommes innovants car nous sommes à la pointe de la technologie. Un de mes plus proches collaborateurs est un vrai geek, je pense que si on lui donnait un euro à chaque fois qu’il évoquait une caméra, il serait plus riche que Bill Gates. Ses connaissances techniques m’ont permise de considérablement améliorer les miennes. Et ce sont ces connaissances que nous mettons à profit, lorsque nous concrétisons un projet.

Les succès de ces dernières années qui vous inspirent ?

Au risque de paraître cliché, je répondrai que j’admire profondément Steve Jobs. Outre l’homme, j’admire sa capacité à générer autant d’affect autour d’un produit froid. Comprendre autour d’un objet et non d’un humain. Touchez donc votre Mac, il peut être glacé, et pourtant un Mac… bien plus qu’un ordinateur, c’est une expérience.

Lorsque je rencontre un client, je lui dis souvent que j’aime traiter l’affect et le sentiment, dans nos productions. D’ailleurs quand on fait le bilan, celles que je n’ai pas aimées et dont je ne parle pas, sont celles qui ne me font rien. Je pense que mes collaborateurs partagent ce sentiment.

Selon moi les histoires ne fonctionnent que quand elles sont vraies.

Lorsque je rencontre un client, je lui dis souvent que j’aime traiter l’affect et le sentiment, dans nos productions

Qu’est ce que le net change pour l’entrepreneuriat ?

Internet c’est incroyable. Vous avez accès à un foyer de prospection considérable, vous pouvez contacter tous les influenceurs possibles en un temps record. Le business développement n’a je crois, jamais été aussi facilité et gratifiant. Les barrières de l’ordre privé n’ont jamais été aussi accessibles.

Je me souviens d’avoir contacté un grand réalisateur qui se reconnaitra, ou une chanteuse de rock. J’ai eu la chance d’avoir un dialogue avec ces personnes là. Impensable il y a encore même dix ans.

Sans aucune arrière pensée politique, je vais me permettre non seulement d’emprunter ce fameux slogan, mais en plus de le mettre à ma sauce : Avec internet, tout devient possible.

Qu’aimez-vous dans votre business ?

J’aime mon job, car je n’ai pas un mais plusieurs jobs. Je ne m’ennuie jamais. Dans la prod on est créa, on est gestionnaires, on est manageurs, on est beaucoup de choses.

Parfois vous rencontrez des gens qui vous décrivent leur poste, et je ne peux pas m’empêcher de penser que faire de la vidéo, de la photo, et tout le conseil qui va avec, permet d’appréhender un nombre considérable de métiers. Un jour vous travaillez avec une startup innovante, un autre avec un groupe de musique, un autre encore avec un grand compte. Vous êtes sans cesse en train d’apprendre un domaine d’activité et c’est finalement très agréable de se cultiver.

Quel est le bilan de votre activité depuis la création, et quels sont vos objectifs ?

Le bilan est positif. Parce que j’ai fait des conneries suffisamment tôt pour qu’elles ne soient pas fondamentalement dangereuses.

Encore une fois, j’ai la chance d’être entourée de talents dont je me permets de me nourrir quotidiennement pour améliorer mes processus de décision, et j’aime à penser qu’ils se nourrissent des miens.

Mes objectifs pour WeSoundCompany sont les mêmes qu’au premier jour, faire des produits de qualité pour oser convoiter de travailler avec les meilleurs.

Nous avons évidemment des objectifs économiques tels que multiplier le CA, des objectifs stratégiques tels que cibler des segments prospects précis, ou sociétaux, c’est à dire placer chaque personne au cœur de la société pour lui faire prendre conscience de son rôle à jouer dans son expansion.

Comment évolue votre marché, et quelle est votre vision du secteur ?

Je me contrains à surveiller quelques concurrents mais je déteste ça. J’opte plutôt pour la stratégie de me renseigner sur qui a produit quoi, lorsque je tombe sur un projet qui me fait de l’effet. Je trouve ça plus intelligent, après chacun sa méthode.

En revanche la vision que je pourrais avoir, est que mon secteur a un sérieux problème de transparence et d’honnêteté, de réactivité, et de qualité. Je ne compte plus les clients qui le sont devenus suite à une déception professionnelle. Et c’est amusant parce que ce sont les mêmes raisons qui m’ont poussées à commencer cette aventure.

En toute transparence justement, quand un client nous raconte sa mauvaise expérience, on argumente en deux étapes : nos qualités sont – attention on a un défaut : on est pushy, mais c’est pour votre bien.

Être « pushy », c’est être réactifs. Si on est transparents et qu’on propose un produit de qualité, alors le client est content. Il en parle autour de lui, et revient vers nous pour signer pour de nouvelles aventures.

Racontez-nous les difficultés que vous avez du surmonter, et comment ?

Ma difficulté première a été l’apprentissage du management, dans un milieu complètement inconnu pour moi. Je pense que j’ai plus de facilité à être un leader, qu’un manageur. Mais c’est encore une leçon passionnante, que j’apprends au fil du temps, et surtout que j’apprends à apprécier. Même si il faut de la patience.

Ça n’a évidemment pas toujours été facile. Je sors d’une filière très généraliste et carrée où on nous apprend à rendre un devoir en temps et en heure, sous peine de points négatifs. Et j’ai débarqué dans un milieu où quand on nous dit « jour x », ça signifie souvent « jour x + 3 », voir d’avantage.
L’ironie de la chose, sera que j’ai rendu mon mémoire de fin d’année de M2 en retard, suite à ma création d’entreprise. Comme quoi… On déteint tous les uns sur les autres.

Je pense que j’ai plus de facilité à être un leader, qu’un manageur

La seconde difficulté sera plus commune aux autres entrepreneurs. Quand on est fondateur d’entreprise, la première chose à laquelle on pense et la dernière, c’est sa boite. Et si parfois les mois sont excellents, parfois beaucoup moins. Je pense notamment à ces potentiels clients qui reviennent sur leurs pas, car ils se rendent compte qu’ils n’ont pas de budget à allouer à ce que vous proposez. On vous sollicite, on vous rencontre, on vous demande un devis, puis cet interlocuteur disparaît de la circulation. C’est je pense la gangrène de tout secteur coté client, et je pense que c’est très français. Ce manque de courage ahurissant de dire tout simplement « excusez nous du temps que vous avez passé sur ce dossier, nous ne donnerons pas suite ». Pour moi c’est la moindre des choses !

Et pour un jeune entrepreneur, si c’est déjà délicat de décrocher après une journée de travail, clairement dans ces cas là, ça ne sert à rien même de l’envisager. On y pense. Et on y pense encore. Mais les bons mois ne font pas les bonnes années, tout comme on peut remporter une bataille sans gagner la guerre. Pour continuer avec les analogies à la Napoléon ou à la Machiavel, entreprendre c’est accepter de se battre et de ne jamais dormir sur ses deux oreilles.

Entreprendre c’est accepter de se battre et de ne jamais dormir sur ses deux oreilles

Il faut prospecter sans arrêt. La prospection, c’est 80% de notre temps, en tout cas au début. Mais au final, tous les entrepreneurs adorent ça. Est-ce que vous auriez autant de satisfaction à gagner la guerre si vous n’aviez pas bataillé aussi longtemps ? Je ne crois pas. Qu’en pensez-vous ?

Crédit Photo Florie Berger Photographe Paris