« Je n’ai pas quitté la France, je suis allé aux USA » Julien Barbier fondateur de TechMeAbroad
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« Je n’ai pas quitté la France, je suis allé aux USA » Julien Barbier fondateur de TechMeAbroad

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Julien Barbier (@julienbarbier42) est directeur du marketing chez Docker. Il a par ailleurs fondé while42, un réseau social pour les ingénieurs tech français travaillant en France et à l’international (while42 ouvre au Maroc prochainement). Il lance désormais le site TechMeAbroad, une plate-forme de mise en relation entre les candidats souhaitant travailler à l’international, et les startups et entreprises Tech du monde entier qui sponsorisent des visas pour leurs offres d’emploi. Depuis son lancement officiel il y a une semaine, le site a reçu la visite de 5600 internautes pour 25 000 pages vues. Des offres sont disponibles aux USA, Canada, Allemagne, Thaïlande, Royaume-Uni?
Mais qui est vraiment Julien ?

julien barbier

Qui es-tu, quel est ton parcours ?
Je m’appelle Julien Barbier, je suis français, et je travaille aujourd’hui à San Francisco. Je suis diplômé de l’Epitech (informatique) et de l’EGE (École de Guerre Économique). Après plusieurs expériences en tant que développeur dans plusieurs startups françaises (GSN, Vpod.tv, Wengo), j’ai co-créé avec Arnaud Jamin NoteTonEntreprise.fr qui a depuis été revendue. J’ai ensuite créé une société ecommerce, spécialisé dans les marchés de niche en France à Lyon.

Pourquoi vis-tu aux USA et as tu quitté la France ?
Lorsque ma société ecommerce française commençait à décoller, je me suis associé avec un autre entrepreneur français qui faisait exactement comme moi pour allier nos forces et adresser le marché américain. Nous sommes donc partis en Floride, et le succès étant au rendez-vous, nous avons reçu des propositions de rachat et avons revendu la société il y a presque 3 ans maintenant. Après cela je suis parti dans la Silicon Valley aider un ami, Solomon Hykes, a monter sa startup Docker.

Je n’ai pas quitté la France, je suis allé aux USA

Pourquoi avoir fait le choix de monter une entreprise aux USA ? Est-ce plus facile qu’en France ?
J’ai fait le choix de partir aux US pour des raisons business. Le marche US est bien plus gros que le marché français et du coup il y avait beaucoup plus de potentiel. Et aussi beaucoup plus de compétition. J’aime la compétition :)

Le marche US est bien plus gros que le marché français et du coup il y avait beaucoup plus de potentiel. Et aussi beaucoup plus de compétition

C’est quoi TechmeAbroad ? D’où est venue l’idée ?
TechMeAbroad est une plateforme web qui met en relation des entreprises capables de sponsoriser des visas et des talents qui souhaitent partir travailler à l’étranger. Uniquement dans le secteur de la Tech.

L’idée est venue naturellement. Cela a commencé avec le lancement et la progression du réseau while42, que j’ai créé avec Sylvain Kalache il y a plus de deux ans. While42 est un réseau international d’informaticiens français. Depuis la création, de nombreuses personnes ont lancé des chapitres et nous sommes aujourd’hui présents dans plus de 35 villes dans le monde et approchons des 3000 membres. Avec le succès et la couverture médiatique de while42, nous avons alors commencé a recevoir de plus en plus de demandes d’entreprises pour embaucher des ingénieurs français. Et nous avons commencé à recevoir de plus en plus de demandes d’ingénieurs français pour venir travailler dans la Valley, ou ailleurs dans le monde, partout où il y a des chapitres while42. J’ai tout d’abord fait des introductions manuellement, puis j’ai lancé un blog pour aider plus de monde. TechMeAbroad.com est donc l’étape naturelle après le succès grandissant du blog. J’espère qu’il aidera le plus de monde possible. Les ingénieurs français, mais aussi les startups françaises qui pourront ainsi recruter des talents à l’étranger.

Quelle est ta vie aux USA, en quoi a t-elle changé depuis ton départ de la France ?
Je ne sais pas si ma vie a changé. En tout cas je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne. Le contexte a un peu changé, mais au final ce n’est pas très important. Ce qui est génial en Silicon Valley c’est que tout va très vite. Les succès sont rapides (plus ou moins) mais surtout les échecs sont très rapides. Et ça c’est bien. Ça permet de passer à autre chose très vite si jamais ça ne marche pas.

Ce qui est génial en Silicon Valley c’est que tout va très vite. Les succès sont rapides (plus ou moins) mais surtout les échecs sont très rapides

Du point de vue personnel, c’est une autre culture à découvrir. On a souvent l’impression que les deux cultures sont proches. Peut-être a cause de l’influence Hollywood et le succès des produits américains sur le marché français. Mais c’est totalement faux. Au tout début j’ai été très surpris.

As-tu connu des galères dans ta vie d’entrepreneur ?
Évidemment. Quand vous créez quelque chose vous avez toujours des problèmes. La différence entre un vrai entrepreneur et un auto-proclame entrepreneur, est que le premier va toujours trouver des moyens de contourner ou de résoudre le problème.

La différence entre un vrai entrepreneur et un auto-proclame entrepreneur, est que le premier va toujours trouver des moyens de contourner ou de résoudre le problème

Je vais vous donner un exemple. Lorsque je travaillais dans ma boite de ecommerce aux US, nous ne générerions nos ventes que via Adwords. Un jour nous avons reçu un email de Google nous informant que nous étions bloqués “à vie” sur Adwords. Du jour au lendemain nous sommes passés de 100 ventes par jour à 5 ventes par jour.

Lorsque Maggie Privat, notre super employée de Miami qui arrivait à résoudre tous les problèmes, a appelé Google US, ils lui ont dit “Madame, plus la peine de rappeler nous avons bloqué votre société”. En gros, “vous pouvez mourir”. Ils n’ont même pas voulu entendre les explications et le fait qu’ils avaient fait une erreur. J’ai rappelé, plusieurs fois, idem.

Je suis alors passé par Google France en leur expliquant le problème, qui m’a dit de voir ça avec Google UK car le site était en anglais. Après des semaines de bataille et harcèlement téléphoniques où Google UK nous expliquait qu’ils allaient regarder mais qu’ils ne traitaient pas les dossiers Google US, Google UK ré-ouvrait notre compte Google US et nous enlevait de la black-list Adwords… Entre temps nous avions du trouver de l’argent pour payer nos employés, payer les fournisseurs, payer le loyer, sans jamais être sûrs que nous allions pouvoir rembourser cet argent un jour…

Comment perçois-tu l’entrepreneuriat en France depuis les USA ?
C’est très différent en France et aux US, pour plein de raisons. Ici par exemple, ce n’est pas grave d’avoir un ou plusieurs échecs sur son “CV” d’entrepreneur. Tout le monde vous respectera pour avoir tenter, et ça ne vous bloquera pas (sauf si vraiment vous avez fait n’importe quoi) pour trouver des investisseurs ou des partenaires pour votre prochaine idée. En France l’échec est très mal perçu. Extrêmement mal.

Mais tout ça est en train de changer avec la nouvelle vague des Xavier Niel and co, qui ont une culture très différente de l’ancienne génération. Il se passe énormément de choses en France dans la tech et je pense que ça va dans le bon sens.

La France est un écosystème et un pays distribué qui doit devenir fort à l’international, les gens qui partent ont beaucoup à apporter à notre pays

Penses-tu revenir un jour ? Pourquoi ?
Oui je reviendrais un jour. Pour plein de raisons. La première étant qu’ici vous ne trouvez pas de baguette digne de ce nom ! Et lorsque je reviendrais je serais plus qu’heureux d’aider et de partager tout ce que j’ai appris ici.

Un conseil pour un français souhaitant créer une boite aux USA ?
Sur créer sa boite, mon premier conseil c’est de faire ce qui vous plait. Si vous vous levez le matin et que vous bossez comme un dingue sur quelque chose qui vous tient a cœur, qui vous passionne, vous allez réussir. Peut-être vite, peut-être jamais. Mais au final, l’important c’est de se lever heureux d’aller bosser le matin. Faites ce qui vous plait, l’argent suivra. Et pas l’inverse. Au final on peut être heureux de plusieurs façons, être employé est une des options, entrepreneur en est une autre.

Si vous vous levez le matin et que vous bossez comme un dingue sur quelque chose qui vous tient a cœur, qui vous passionne, vous allez réussir

Si vous venez aux USA, soyez sûrs de bien comprendre pourquoi. Je vois des entrepreneurs débarquer en Silicon Valley parce que c’est “the place to be” alors que leur marché est en France ou en Europe. Aucun intérêt. Soyez sûrs que c’est la bonne étape dans votre stratégie globale. Une fois que vous êtes sûrs, alors foncez. Et soyez conscients que la concurrence sera infiniment plus dure qu’en France.

Quels sont tes prochains projets ?
Je ne sais pas encore. Je viens tout juste de lancer TechMeAbroad. Je vais me concentrer dessus et créer les fonctionnalités que m’ont déjà demandées les premiers utilisateurs. Lorsque ce sera parfait, je pourrais penser à résoudre un autre problème, comme développer la plateforme partout dans le monde. Car pour moi, c’est ça ma passion: aider les gens et résoudre leur problème.