La bulle internet finira t-elle par éclater ?
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La bulle internet finira t-elle par éclater ?

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Chaque jour qui passe voit son lot de levées de fonds toutes plus folles les unes que les autres, aussi bien en millions levés qu’en startups concernées.

Alors que la première bulle a éclaté en 2000, faisant s’effondrer les bourses mondiales, il semble parfois que les leçons n’aient pas été retenues… Pourtant beaucoup s’accordent pour dire que depuis l’an 2000, les startups qui lèvent plusieurs centaines de milliers d’euros ou dollars ont un vrai business model, un chiffre d’affaires en hausse et un avenir certain, au contraire des débuts de l’ère startups où ces dernières levaient sans raison valable, et coulaient rapidement faute d’équipe sérieuse derrière. Trop d’argent aussi rapidement fait tourner les têtes et les fondateurs avaient oublié que derrière la levée, il fallait assurer l’avenir de l’entreprise en passant un minimum de temps au bureau plutôt qu’aux Bahamas…

Après une accalmie, de longues réflexions et de remises en questions, il semble que tout ait été oublié si l’on en croit les annonces faites ces derniers temps : Net-acheteur lève 570 000 euros pour faire du sur mesure, l’éditeur de mondebarras.fr lève 2,1 millions d’euros, Amplement un réseau social professionnel lève 1 million d’euros. Une liste non exhaustive rien que pour la France ces derniers jours, mais si on regarde à l’étranger, c’est pire : Kreditech, une start-up allemande, lève 200 millions de dollars pour sa technologie de credit scoring, Uber lève de nouveau 1,6 milliard de dollars, en Inde: la marketplace ShopClues lève 100 millions de dollars. N’oublions pas et ne rions pas de Yo, qui a levé plus d’1 million de dollars en juillet…

Aux États-Unis, le financement total des startups (étude de CB Insights) a atteint les 47,3 milliards de dollars en 2014 (103 milliards de dollars en 2000 et 59,4 en 1999). Au final, 3 617 opérations ont été réalisées l’an passé. Pire, le mobile a vu ses financements bondir de 109% en 2014, à 3 milliards de dollars, sachant que la plupart des applications sont gratuites et n’ont aucun business model derrière… Toujours selon CB Insights, 42 start-up high-tech dépassent le milliard de dollars de valorisation. 5 sociétés valent plus de 10 milliards de dollars, Uber (40 milliards de dollars) , Palantir, Airbnb, Dropbox et Snapchat.

Selon Frenchweb, le nombre total de levées de fonds en France sur le second semestre 2014 a baissé de 29% par rapport à 2013 à la même période, et de 24% en ce qui concerne le montant total des levées (dernier baromètre d’Isai Gestion). Toujours selon ce baromètre, on assiste à une concentration du nombre des levées de fonds, mais les sommes investies sont passées de 350 000 à 400 000€ sur 1 an, avec une diversification des investissements au « détriment » d’internet.

Jean-David Chamboredon, directeur d’Isai Gestion, y voit plusieurs raisons « le climat général des affaires qui n’a toujours pas le niveau de confiance nécessaire à la prise de risque, le fait que de nombreux angels soient concentrés sur leur portefeuille et le refinancement de sociétés dans lesquelles ils sont déjà actionnaires et la difficulté d’appréhension par ces investisseurs « généralistes » des sous-secteurs porteurs de l’Internet comme, par exemple, les adtech, le big data, le cloud… »

En bref malgré les millions investis, les investisseurs pourraient faire plus. Il n’y a pas de limites.

Parler officiellement de bulle qui risque d’éclater un jour où l’autre, de démesure, d’argent jeté par les fenêtres pour certaines levées, de ces startups qui ont cramé plusieurs millions sans savoir comment, est très mal vu, comme un oiseau de mauvais augure ou un rabat-joie qui ne croit pas en l’avenir de la Frenchtech et en l’évolution du monde. Et ça c’est mal : être réaliste, tirer la sonnette d’alarme, prévenir, c’est mal. Le consensus ou la pensée unique est de rigueur concernant ces levées de fonds : on doit faire plus, l’argent qui dort sur les assurances-vies ou aux îles Caïmans doit servir à financer de nouvelles startups, l’État doit réformer sa politique fiscale pour favoriser l’investissement. Tout ceci n’est pas faut bien évidemment. l’investissement privé devrait augmenter pour relancer et pérenniser l’économie, l’État devrait se réformer (intégralement).

Aux USA des experts s’interrogent depuis un moment dans le Wall Street Journal ou sur Wired. Des propos que rapportent de nombreux médias économiques français, mais qui bizarrement ne font pas le buzz. A croire que chacun se voile la face ou espère conjurer le sort en faisant l’autruche…

La Silicon Valley, à moins que ce ne soit la communauté des investisseurs ou celle des créateurs de start-up, prend une quantité excessive de risques sans précédent depuis 1999

Indique Bill Gurley, investisseur en capital-risque chez le fonds Benchmark qui a investit dans Uber notamment.

Ne pourrait-on pas garder les pieds sur terre et arrêter de se laisser griser par les millions et ramener chaque levée de fonds à la vie réelle, à l’heure ou des millions de gens rien qu’en France n’ont pas assez pour se chauffer ou manger sainement, voire de se loger ?…

L’avenir passe effectivement par les high tech, les objets connectés, la géolocalisation, … Mais avant que tout ceci soit rentabilisé, il va se passer énormément de temps. Un temps pendant lequel des milliers de personnes qui ne suivent pas la tendance vont rester sur le carreau une fois de plus et qui seront aussi impactés si la bulle éclate. Car le jour où la bulle éclatera, c’est toute l’économie qui en pâtira même les secteurs qui n’ont jamais profité de cette manne providentielle.

Ces levées de fonds sont de l’argent providentiel pour de nombreuses startups qui n’ont pas de véritable business model mais qui les enchainent pour pouvoir se verser un salaire, payer leur loyer, leurs dépenses marketing ou R&D. C’est ce qu’on retrouve dans les applications mobiles gratuites ou l’économie collaborative, qui semble arriver à bout de souffle et ne plus se renouveler. Pourtant à chaque nouvelle tendance les investisseurs s’engouffrent dedans distribuant des millions pensant avoir trouvé la pépite qui changera le monde. Les startups ainsi confortées dans leur aura d’innovatrices dépensent sans compter jusqu’à la prochaine levée, s’enlisent dans des procès, continuent à ne pas faire payer leurs utilisateurs ou à créer une économie parallèle exempte de toutes formes d’impôts pour les membres, dans la location entre particuliers par exemple.

Viendra un moment où il sera nécessaire de créer un vrai business model, pérenne et créateur de richesses pour justifier les fonds levés auprès de l’opinion publique et surtout éviter de perdre les sommes investies.