La génération Y : tous entrepreneurs ?
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La génération Y : tous entrepreneurs ?

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La Génération Y ce sont ces jeunes nés entre la début des années 80 et la fin des années 90 (même si 22/32 ans serait plus approprié…) qui font couler beaucoup d’encre chez les journalistes, les sociologues, les directeurs de ressources humaines. Ces jeunes qui ont grandit avec internet, qui se sont faits tout seuls, préférant poser leurs questions à leurs amis virtuels qu’à leurs parents dépassés par les selfies, les smartphones et Tinder.

Ce sont aussi des jeunes qui ont subi les nombreuses crises économiques depuis leur adolescence, qui ont vu leurs parents se séparer, perdre leur emploi, souffrir d’une vie qu’ils n’avaient pas choisie et qui ont vite compris qu’il allait falloir se bouger pour changer le monde, le leur et celui des autres.

Entreprendre pour changer le monde

Ces jeunes qui sont souvent pointés du doigts, comme ceux qui ajoutent leur boss en ami sur Facebook, qui signent leurs mails avec des smileys et qui travaillent pour les RTT, ce sont aussi eux qui veulent casser le système, de façon pacifique, sans manifestation ni violence (c’était quand la dernière vraie manif des étudiants en France ?…), qui veulent trouver un sens à leur job, qui ne veulent plus subir leur vie, mais la vivre pleinement en ne reportant pas à plus tard, comme leurs parents, tous les projets. « Le manque de perspectives ou de projets stimulants dans les grandes entreprises influencent très certainement notre envie d’entreprendre. Si nous ne trouvons pas de boulot qui nous correspond à la fin de nos études, notre réflexe sera de créer notre propre job, quand nos ainés auraient certainement continué à chercher encore ou à faire des compromis sur leurs envies professionnelles » explique Jennifer Moukouma, présidente du Mash-up, une association qui sensibilise les jeunes à l’entrepreneuriat.

La génération Y, c’est avant tout une génération d’optimistes proactifs, tout sauf fatalistes

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Jennifer Moukouma

Une génération d’hyper-actifs qui croule sous les projets

Aujourd’hui la génération Y fait de ses projets, son job et de son job sa vie. Les jeunes de la génération Y sont des entrepreneurs. Pas tous bien évidemment, mais une grande majorité de ceux qui suivent un cursus d’études supérieures, alors que leurs ainés rêvaient de faire du conseil chez Deloitte ou Ernst&Young payés à prix d’or, les 25/30 ans veulent créer leur boite. « On a envie d’indépendance. On a des exemples de réussite et on veut prouver que nous aussi, on en est capable. Les valeurs importantes en entreprise pour nous aujourd’hui sont la liberté, l’éthique et le choix. On aime choisir ce qu’on fait & trouver un sens à notre vie à travers notre activité professionnelle. » explique Louisa Mesnard qui a réalisé un tour du monde des entrepreneurs en 2014 avec le W Project.

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Louisa Mesnard

Jennifer ajoute même qu’il n’y a pas que les étudiants privilégiés qui créent leur boite « c’est un état d’esprit qui tend à se développer aussi dans les banlieues, où le taux de chômage chez les jeunes atteint 45%, notamment grâce à des initiatives associatives que je tiens à souligner, comme celles d’Agir Pour Réussir ou de la YUMP Académie qui visent à donner aux jeunes issus des banlieues les clés (formation & réseau entre autres) pour entreprendre. L’idée reçue comme quoi il faudrait venir d’un environnement incitatif pour se lancer a vécu. Aujourd’hui tout le monde a sa chance s’il veut la saisir. « Il faut plus d’initiatives comme celles-ci dans les banlieues, où les jeunes ont la gnaque suffisante pour créer leur boîte et ce sentiment (positif) de ne rien avoir à perdre mais font souvent preuve d’autocensure« . La confiance en soi, le moteur essentiel de tout entrepreneur, peu importe son parcours, son âge et d’où il vient.

La liberté et le sens, le moteur de la génération Y

Devenir entrepreneur pour être libre de décider ce qui est bon pour soi, ne plus subir la loi d’un patron qui ne connait pas ses employés, savoir quelle est l’utilité de son action et ne plus rien attendre de Pôle Emploi, participer au changement de la société, « la génération Y a une terrible envie de faire des choses qui comptent, d’avoir un impact. Là où nos ainés pouvaient se satisfaire de rejoindre un grand groupe pour y monter les échelons petit à petit en échange d’un salaire confortable, cela ne nous suffit plus » indique Jennifer .

Car une nouvelle société est bien en train d’éclore sous nous yeux, à l’image des années 60, où tout était nouveau, où les jeunes réclamaient des droits élémentaires, aujourd’hui, dans les années 2010, la nouveauté c’est le mobile, la 4G, l’économie collaborative, la quête de sens, l’accomplissement personnel, le droit à être soi. Le tout sans révolution, mais en agissant concrètement.

On est né avec l’idée que tout est possible, tout est atteignable

D’ailleurs ce sont 3 jeunes femmes qui ont répondu à nos questions. Ce sont elles qui sont actrices du changement, tout comme leurs mères ont participé aux mouvements féministes des années 70, Jennifer, Louisa et Meryl changent la société à leur façon en créant et inspirant les autres : « le fait que je sois une femme m’a beaucoup influencé. A 30ans, j’aurais sans doute d’autres projets de vie que celui de vouloir créer ma première entreprise (comme avoir des enfants par exemple) » explique Meryl.

Nombreux sont celles et ceux qui sont passés par une école de commerce où ils(elles) ont pris goût à l’entrepreneuriat. Comme Meryl, fondatrice de La Boite qui Cartonne, hébergée au NUMA, « la création d’une association étudiante dans mon ancienne université m’avait donné le goût de l’entrepreneuriat. J’ai eu l’opportunité de faire l’Option E de l’ESCP Europe qui est une formation à l’entrepreneuriat. A l’issue de la formation je n’ai pas eu envie d’attendre pour me lancer même si aux yeux de certains je manquais d’expérience et si je ne pensais pas me lancer si « tôt » (juste diplômée) ou si « jeune » (25ans). »

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Meryl Benitah

Le chômage un booster pour certain(e)s

D’autres n’avaient pas vocation à créer leur entreprise si jeunes, mais le marché du travail atone aidant, ils se sont lancés pour ne pas rester à attendre une hypothétique reprise de la création d’emplois « on sait que c’est la seule manière d’avoir du boulot » entend t-on dans les couloirs… Mais pour autant ils ne sont pas désabusés, et n’ont pas créé leur boite « faute de mieux » en espérant décrocher un job de salarié par la suite. Leur entreprise ils y croient et se bougent pour la développer. « Le taux de chômage ne nous fait plus peur. C’est un moteur de l’entrepreneuriat aujourd’hui. » explique Louisa, allant même plus loin en ajoutant « être au chômage c’est aussi avoir le temps de s’impliquer dans de nouveaux projets« . Les jeunes ont appris à transformer l’adversité en source de motivation.

Le chômage a un côté terrifiant mais on n’a rien connu d’autre

Des programmes d’accompagnement de plus en plus répandus

Cette génération bénéficie aussi d’un environnement favorable pour entreprendre « les choses avancent notamment grâce à des associations comme le Mash Up, à la multiplication de cours d’entrepreneuriat en école ou encore du développement des pôles PEPITE » nous dit Jennifer. Louisa ajoute « on a de nombreux outils à disposition en France. Il faut juste être alerte et chercher ce qui nous correspond en fonction de notre stade d’avancement. En allant à des conférences on découvre ce que c’est qu’être entrepreneur. Lors des startup Weekend, on met en application et souvent on réalise si c’est fait pour nous (ou pas) etc. En s’impliquant dans l’écosystème français, on réalise combien les entrepreneurs sont ouverts et ont envie de donner des coups de pouces que ce soit sous forme de mentoring, mise en contact ou conseils« .

Les incubateurs, les accélérateurs, les associations, les conférences, les startups week-ends, les aperos web, etc… Sont autant de rendez-vous où apprendre, se rencontrer, faire émerger des idées. L’idée, ce serait peut-être d’ailleurs là que quelque chose reste à faire  » il faudrait selon moi plus de structure de pré-incubation pour nous aider à challenger et mûrir nos idées » selon Jennifer. Meryl ajoute même « il y a beaucoup d’incubateurs mais très peu (voire aucun) ne vous accompagne au stade de « l’idée »/amorçage = moment où l’on en a le plus besoin, où l’on se pose le plus de questions. Il existe le statut étudiant entrepreneur mais il n’y a aucun accompagnement. »

Pourtant c’est cette absence d’accompagnement qui a motivé la jeune entrepreneure « ça m’a permis de me débrouiller autrement et de montrer ma détermination à mener à bien mon projet. Je travaille par exemple les week-end ou en free-lance pour gagner un peu d’argent en parallèle. J’ai du faire de mon mieux pour rencontrer les personnes qui pouvaient m’aider ou me renseigner… Je ne dis pas que c’est l’idéal mais ça fait aussi parti de l’aventure entrepreneuriale… »

Des jeunes pas tous égaux devant l’entrepreneuriat

S’impliquer, sortir de chez soi, chercher l’information manquante, et si c’était cela la première étape pour créer son entreprise ? A contrario d’autres étudiants pensent eux qu' »on ne sait pas où trouver l’information. Quelles sont les étapes pour entreprendre, comment se financer etc… »

On entend parler des beaux noms de l’entrepreneuriat français (Criteo, Blablacar etc…) mais ça nous parait bien loin de la réalité

Un discours qui est celui des étudiants des universités qui sont encore éloignés du monde de l’entreprise, parfois aussi trop pris par leurs cours « on n’a pas le temps d’aller voir ailleurs ce qui existe » expliquent des étudiants de pharmacie lors de la semaine de l’entrepreneuriat organisée à la faculté René Descartes. Un emploi du temps trop chargé, un mode d’apprentissage basé sur la mémoire n’offrant que peu de place à la réflexion personnelle et à la créativité, mais que l’encadrement aimerait changer pour que les étudiants explorent les nouvelles technologies liées à la e-sante par exemple.

Les étudiants d’universités restent encore à la marge de ce mouvement de sensibilisation à l’entrepreneuriat

Une tendance durable ou un effet de mode ?

Les mauvaises langues diront que la tendance passera, surtout quand le chômage régressera. Quand ? On ne sait pas… Ou qu’il s’agit d’un effet de mode « le coté « c’est cool d’être entrepreneur » attire  beaucoup les jeunes. Beaucoup de jeunes poussent la porte du NUMA pour approcher l’univers startups. Le mot startup évoque les succès de Facebook, Apple, Snapchat, Amazon… ça laisse rêveurs beaucoup de jeunes » pense Meryl.

Mais la plupart tienne un autre discours « c’est une tendance durable » selon Louisa. « Je pense que cette envie de créer est bien réelle et que c’est une tendance durable : les rôles modèles de jeunes entrepreneurs vont se multiplier, nous allons nous investir de plus en plus de projets où nous goûteront aux sentiments de liberté et de sens, dont nous n’allons plus pouvoir nous passer » ajoute Jennifer.  Le sens, la liberté, créer quelque chose de vrai sont des mots qui reviennent souvent chez ces jeunes entrepreneurs de la Génération Y.

Reste maintenant à attendre l’émergence de la Génération Z sur le terrain d’ici 5 ans environ.

La génération d’après, appelée génération Z, semble également être peu attirée par le monde de l’entreprise « classique » et manifeste cette envie d’entreprendre. Cette mode de l’entrepreneuriat est donc bien partie pour durer !