L’argent rend t-il heureux ?
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L’argent rend t-il heureux ?

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Vaste question à laquelle chacun à coutume de répondre que l’argent est important mais ne suffit pas pour être heureux.

En manquer rend très malheureux, alors qu’en avoir, passer un certain seuil, ne contribue plus à améliorer son bien-être.

Il y aurait donc un effet de seuil au-dessus duquel il ne sert plus à rien. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreuses stars millionnaires se droguent, se suicident ou pourquoi les ressortissants du Qatar se baladent dans un ennui mortel sur les Champs Élysées ^^

Selon Aristote, le bonheur est un accomplissement de soi-même, sans contrainte d’argent ou de possession de biens matériels. Un sentiment d’être là où on doit être, au moment opportun, en adéquation avec ses valeurs, ses capacités et sa volonté, sans vouloir ce qu’on n’a pas ou ce qu’on ne sait pas faire.

Être heureux est un état brut qui nous satisfait à chaque instant, juste pour lui-même et pas en vue d’autre chose, comme l’est l’argent qui sert à s’offrir une autre source de bonheur furtif.

En résumé simpliste, corréler son bonheur à l’argent fait partie de la théorie du « toujours plus » que l’on retrouve dans nos sociétés occidentales. Que l’on retrouvait devrait t-on dire, car cette envie d’argent, la réussite liée au salaire, avait toute sa place dans les années 80 et 90 en France, alors qu’aujourd’hui, l’argent n’est plus le moteur essentiel d’un nombre croissant de personnes au profit du sens de ses actions et de l’accomplissement de soi.

On retrouve par contre cette soif d’argent dans les pays en développement tels que la Chine ou l’Inde, où il n’est pas rare de voir les « nouveaux riches » afficher leur réussite sociale par de nombreux signes ostentatoires, témoins de leur bonheur artificiel.

En Occident, si la richesse ouvre toujours des portes et permet de vivre mieux, nombreux sont ceux qui refusent de courir après. Bien vivre, disposer d’un confort relatif, oui, mais faire 6h de queue devant l’Apple Store pour s’offrir l’iphone 6 à 1000€ alors que 6 millions de français n’ont pas de job et galèrent pour se chauffer ou payer un petit cadeau à leurs enfants, non merci.

L’argent répond à des besoins basiques et surtout matériels, qui une fois satisfaits en appellent d’autres, créant une insatisfaction chronique et infinie.

Selon une enquête réalisée en 2010 sur 700 000 américains par Daniel Kahneman, premier chercheur en psychologie à avoir reçu le prix Nobel d’économie en 2002, et l’économiste Angus Deaton, publiée par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, en s’appuyant sur l’indice de bien-être Gallup-Healthways (plus grande base de données existante sur le bonheur depuis 2008), l’argent contribuerait au bonheur instantané jusqu’à un seuil de revenus de 75 000$ annuels, mais au delà de ce seuil ne ferait plus le bonheur.

Pour résumer on se sentirait heureux au quotidien en n’ayant plus de soucis de fins de mois difficiles et en atteignant un revenu minimum confortable, mais pas en amassant plus que nécessaire. Au delà de l’argent, le sentiment de bonheur serait très dépendant du sentiment de réussite et d’accomplissement en accord avec ses valeurs. On en revient donc aux théories d’Aristote.

Sur le même principe, le paradoxe d’Easterlin, du nom de l’économiste américain qui l’a mis en évidence en 1974, explique que lorsque le niveau de richesse d’un pays augmente, le niveau de bien-être des habitants n’augmente pas forcément. Une fois passée un certain seuil de richesse, le développement économique du pays reste sans influence sur l’évolution de la sensation de bonheur des individus dans sa globalité. D’où les manifestations qui ont déferlé sur le Brésil en marge de la coupe du monde de football en 2014, malgré un bond économique exceptionnel du pays en 15 ans.

En France, une étude de l’INSEE de janvier 2013, s’appuyant sur le rapport de Joseph Stiglitz de 2009 proposant d’étudier des indicateurs de bonheur, démontrait que les revenus financiers n’intervenaient que partiellement dans la mesure du bonheur, au profit du lien social et de la qualité de la vie quotidienne.

Face à toutes ces études on pourrait ainsi penser que l’argent, s’il est indispensable au bien-être, ne suffit pas pour se sentir pleinement heureux. A forte dose il empêche même de chercher le bonheur durable à l’intérieur de soi au profit de biens matériels responsables de bonheurs furtifs.

Il reste à chacun d’évaluer où se situent ses richesses.