Le microcrédit, vraie solution à l’entrepreneuriat ou miroir aux alouettes ?
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Le microcrédit, vraie solution à l’entrepreneuriat ou miroir aux alouettes ?

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La semaine dernière, à l’occasion de la 11ème semaine du microcrédit, le Bureau International du Travail présentait son rapport « Le microcrédit en France et en Europe en 2030 : la création d’emploi et la promotion de l’entrepreneuriat« .

Ce rapport s’appuie sur une enquête réalisée par le CSA fin 2013 auprès de plus de 4000 créateurs ou repreneurs d’entreprise qui ont bénéficié d’un accompagnement ou financement d’un des cinq réseaux de microcrédit (boutiques de gestion, Initiative France, ADIE, France Active et Réseau entreprendre).

En France, le microcrédit existe depuis près de 30 ans. Il vise à répondre aux besoins de financement d’emprunteurs potentiels qui ne trouvent pas satisfaction auprès des établissements bancaires en raison de leur profil jugé trop risqué ou insuffisamment rentable. L’existence du secteur du microcrédit s’explique par un dysfonctionnement du marché du crédit et l’incapacité des acteurs bancaires à surmonter ces difficultés.

L’enquête montre que 91% des emprunteurs sont insérés professionnellement 3 ans après le prêt.  77% des emprunteurs ont une entreprise pérenne 3 ans après la création. Ce taux de pérennité est nettement supérieur à la moyenne nationale qui était de 66% en 2009 pour l’ensemble des entreprises créées en 2006. Ce succès serait du à la qualité de l’accompagnement proposé aux emprunteurs particulièrement pour ceux au chômage ou percevant des minima sociaux au moment de la création.

Pourtant ces chiffres ne doivent pas faire oublier la réalité : en dépit de la pérennité de l’activité créée ou reprise après 3 années, 60% des emprunteurs estiment que leurs revenus sont d’un niveau insuffisant et 51% indiquent que leurs revenus actuels sont inférieurs à ceux qu’ils avaient avant la création/reprise. En moyenne leurs revenus seraient inférieurs de moitié à ceux d’un créateur d’entreprise classique. Enfin, la moitié de ceux percevant des minima sociaux au moment de la création, les perçoivent toujours 3 ans après.

Le microcrédit contribue donc efficacement à l’insertion professionnelle de publics relativement éloignés de l’emploi. Toutefois, lorsque l’on considère la qualité des emplois créés, cet outil se heurte aux réalités économiques d’un marché du travail en pleine mutation.

Avec environ 46000 microcrédits professionnels par an en France, ce dispositif reste de taille relativement modeste en comparaison des besoins insatisfaits (190 000 prêts par an environ).

On constate donc que, malgré des résultats encourageants, le microcrédit n’est pas encore LE remède miracle à la crise de l’emploi et favorise la création de petites entreprises qui n’embauchent pas, et pire ne permettent que rarement d’en vivre décemment.

Actuellement on peut considérer le recourt au microcrédit comme un pis-aller faute de trouver un emploi digne de ce nom après avoir été effacé des tablettes de Pôle Emploi. Mais on ne peut pas parler de vague entrepreneuriale mirobolante comme les pouvoirs publics et autres agences liées au gouvernement tentent de le démontrer depuis le début de la crise économique. Il ne suffit pas d’étaler de merveilleux chiffres de création de (micro)entreprises pour parler de relance du marché du travail.

Créer son emploi c’est bien, en vivre correctement c’est mieux, doit-on le rappeler ?