Lever des fonds : 3 secrets de professionnels
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Lever des fonds : 3 secrets de professionnels

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Lever des fonds apparait aujourd’hui comme une véritable course à l’échalote, un passage obligé par tout entrepreneur qui veut devenir grand un jour, et si possible très rapidement. Qu’en est-il de la réalité ? Faut-il vraiment lever des fonds pour croitre ? Quelle somme ? Quel parcours du combattant faut il suivre ? Autant de questions auxquelles Florence Richardson, co-présidente de Femmes Business Angels et Margaux Derhy, fondatrice de La Petite Étoile ont répondu pour les lecteurs-entrepreneurs de We Love Entrepreneurs.

Une startup doit-elle obligatoirement lever des fonds ?

Beaucoup de success stories ont émergé sans lever de fonds

Lever des fonds n’est pas une fin en soi de toute startup. Lever doit intervenir uniquement si l’entreprise veut « une croissance rapide et prendre une place sur son marché » indique Margaux. L’idéal est « d’aller le plus loin possible dans le développement de son entreprise avant d’envisager une levée » ajoute Florence. Avant d’ouvrir son capital, il est nécessaire de valoriser son entreprise pour ne pas être dilué de façon trop importante.

On distingue 3 phases au cours desquelles la startup peut être amenée à lever :

  • early stage : entre 0 et 50 000€ auprès d’amis et de la famille –love money-, ou par des prêts et subventions, voir le crowdfunding. Cette phase est généralement celle au cours de laquelle le fondateur a besoin de fonds pour lancer son projet, un prototype ou un service.
  • amorçage : entre 200 000 et 500 000€ auprès de business angels, lorsque l’entreprise a déjà des clients, un chiffre d’affaire, un business model qui commence à prendre ses marques. Les fonds sont nécessaires pour « passer à l’étape suivante » et grandir.
  • développement : entre 1 et 5 millions d’euros auprès de VC, pour passer à l’international, accentuer la R&D, développer un marché. Cette étape peut être la première s’il s’agit de « multi-entrepreneurs qui connaissent les investisseurs » explique Margaux.

Il est important de ne pas se focaliser sur les belles histoires racontées dans les médias où la levée de fonds apparait comme un « parcours facile« . Il s’agit d’un chemin semé d’embûches, très long, en moyenne une année, « une longue épreuve » dont les fondateurs sortent parfois épuisés…

Florence conseille même de ne pas lever « ses premiers 100 000€« , mais de privilégier les prêts d’honneur, le crowdfunding, la BPI, les subventions, les concours, l’entourage et d’attendre le « bon timing » -« avoir quelque chose à vendre et ne pas arriver sans rien« – avant de présenter son dossier à de potentiels investisseurs.

Comment dénicher des investisseurs ?

Il faut créer des liens avec ses futurs investisseurs

Prendre la décision de lever des fonds n’est pas une mince affaire, car il faut le faire savoir, partir à la rencontre des réseaux informels, découvrir les critères de sélection de chaque fond d’investissement, etc… L’idéal est de « construire une véritable relation avec les futurs investisseurs en présentant son projet dans des concours, en rejoignant un incubateur ou accélérateur, en faisant du networking de qualité et mieux, se faire recommander par quelqu’un » nous enseigne Margaux.

Les investisseuses de Femmes Business Angels n’hésitent pas à se rendre dans les concours de pitch, dans les demo day d’accélérateurs, dans les incubateurs, dans les écoles de commerce et « se faire adresser les meilleurs dossiers » par leurs contacts.

Faire parler de son projet dans « le milieu« , s’implanter dans le paysage médiatique, être présent sur les réseaux sociaux et les évènements est aussi un net plus. La relation humaine est l’élément le plus important dans la recherche de fonds.

Séduire les investisseurs

L’équipe porteuse du projet est l’élément clé de la décision d’investir pour un business angel

Les investisseurs voient passer des centaines de dossiers chaque année – 300 à 400 chez Femmes Business Angels – et n’en sélectionnent qu’une dizaine pour les financer. « Seule la moitié des projets sont contactés pour pitcher devant les femmes membres de Femmes Business Angels » confie Florence.

« Chaque personne a ses propres critères pour choisir les projets dans lesquels elle (il) investira« . Le business angel qui investit son propre argent devra adhérer totalement au projet.

Margaux et Florence sont unanimes « il s’agit avant tout d’une histoire d’équipe« , c’est le critère principal, avant l’idée et la partie financière.

« L’équipe doit être convaincante, complémentaire, dynamique et porter son projet à 200% » selon Florence. « Les fondateurs doivent être solides, aux profils variés, avoir de l’ambition pour que les investisseurs aient un véritable coup de cœur » ajoute Margaux.

Le projet quant à lui « doit être cohérent et répondre à un besoin ou une attente du marché« , les fondateurs doivent « vendre leur concept en sachant parfaitement à quoi et à qui cela va servir, en quoi il se différencie ou il surpasse la concurrence« , c’est ce qu’on appelle le « Time to Market » pour Florence.

Plus simplement, comme l’explique Margaux, « la beauté du produit importe peu » puisqu’avec des moyens tout est possible, tant que l’équipe est professionnelle et qu’il existe un marché.

Le dimension commerciale est elle aussi fondamentale : « un fondateur qui sait vendre son projet à un investisseur saura le vendre à ses futurs clients, et vice versa » indique Florence.

Les éléments à ajouter selon Margaux et Florence :

  • le plus dur est de trouver son premier investisseur
  • le projet doit être innovant et avoir un potentiel de croissance
  • il y a de beaux projets, l’écosystème est dynamique, il faut se démarquer
  • lever doit avoir pour finalité de passer une marche
  • l’équipe doit être ouverte aux conseils des investisseurs

Enfin, il faut retenir que lever des fonds est un travail à temps plein, sur une à deux années, la concurrence est rude, il ne faut pas négliger l’aspect humain -les investisseurs auront toute leur place dans votre entreprise- il est préférable d’attendre le bon moment pour lever et ne pas faire reposer son business model sur des levées de fonds successives. L’eldorado est fini depuis bien longtemps, il faut être parmi les meilleurs pour faire partie des heureux élus.