Papa poule entrepreneur, une espèce en voie d’apparition ?
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Papa poule entrepreneur, une espèce en voie d’apparition ?

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Si les mamans entrepreneurs sont régulièrement mises à l’honneur pour leur organisation, leur motivation et leur réussite, les papas entrepreneurs sont très souvent oubliés…

Pourtant il y a autant de mamans que de papas entrepreneurs mathématiquement (même si les choses devraient changer ces prochaines années…) dans la société !

Les nouvelles générations, celles des moins de 40/45 ans sont aujourd’hui impliquées à égalité dans l’éducation et les soins des enfants par rapport aux baby-boomers dont la vie familiale reposait à 100% sur Madame pendant que Monsieur se tuait au travail pour ramener de quoi nourrir, habiller et chauffer la famille nombreuse.

Les femmes travaillent au moins autant que les hommes, certaines sont aussi entrepreneurs comme leur mari et ont des horaires qui ne leur permettent plus de consacrer tout leur temps à leur progéniture. Les papas n’ont donc pas le choix, ils doivent s’impliquer et aménager leur emploi du temps dès lors que la famille s’agrandit.

Pas le choix, mais surtout l’envie de voir grandir ses enfants, de ne rien rater, d’accompagner les petits bouts dans leur développement et aussi de profiter des sorties en famille au zoo, au stade ou chez Mickey.

Qu’est ce que change l’arrivée des enfants dans la vie des papas entrepreneurs ?

« Forcément un impact sur les horaires. On a toujours voulu « préserver » nos enfants donc le créneau 18/21h est plus ou moins sacré. On essaye de couper à 18h et on ne reprend que quand ils sont couchés. Pas facile tous les jours, mais un pli à prendre dans la gestion du planning et la communication avec les clients (d’ailleurs souvent compréhensifs) » indique Vincent Bouyssou, fondateur de l’agence web TroisPointsZero et co-fondateur avec son épouse Adeline de Whisperies, un site collaboratif d’histoires numériques pour enfants.

D’autres papas, comme Mikael Thomas, fondateur de Sosav, ecommerce de pièces détachées pour Smartphone et tablettes, ont, en plus de modifié leurs horaires de travail, déménagé pour se rapprocher de leur bureau « Le premier changement a été de déménager, avant la naissance de mon fils, j’habitais à 1h30 de  route de mes bureaux, nous avons donc déménagé quelques jours avant sa naissance. Je suis maintenant à 10 minutes de mes bureaux, bien plus simple ! » et comme Mikael l’ajoute, il s’agit de son « souhait de pouvoir profiter de mon fils et le voir grandir »

Comment s’organisent-ils ?

Tous travaillent tôt le matin avant que les enfants ne se réveillent, s’en occupent ensuite soit avec leur femme, soit en alternance avec celle-ci jusqu’aux grilles de l’école, la crèche ou la nounou. La journée est intense car tout doit être fait avant l’heure du retour des enfants. « Il faut savoir travailler de n’importe où » explique Mikael qui n’hésite pas à « répondre à ses emails ou gérer un call important dans une salle d’attente« .

Le début de soirée est de nouveau réservé aux enfants, devoirs, activités, bain, repas, très souvent chacun son tour avec la maman ou la nounou. Mais presque tous évitent de laisser les enfants jusqu’à pas d’heure chez les nourrices. L’avantage d’être entrepreneur c’est qu’ils peuvent (en théorie) aménager leur emploi du temps pour profiter de ces instants magiques où les enfants grandissent. « Être mon propre patron me donne plus de liberté pour adapter mon planning à la vie familiale, au contraire. Bosser de la maison en les gardant lorsqu’ils sont malades par exemple » comme le dit Vincent.

Le soir, une fois que tout le monde dort, est réservé aux moments à deux, à la détente ou très souvent au travail en retard. Pour un coucher très tardif, avant un réveil très tôt… Un rythme de vie prenant, mais que tous ne regrettent pas et ne s’en plaignent pas. C’est une question de choix, de priorité et de plans pour l’avenir professionnel et personnel.

Est-ce que devenir papa a modifié leur vision de leur entreprise ?

Yves Bonis, fondateur de l’agence de communication Yves Bonis Conseil, a lui carrément créé sa société à la naissance de sa fille « j’étais salarié quand ma fille est née. C’est sa naissance qui m’a encouragé à devenir entrepreneur« . Il a ensuite articulé sa vie d’entrepreneur autour de sa vie de papa « la présence de ma fille a tout simplement dicté mon business model. Les questions ont été, comment définir une entreprise viable en étant le plus présent possible pour ma fille ? J’ai donc développé le travail à distance avec mes clients, j’ai mis en place – avant de connaître le terme – des méthodes d’inbound marketing, j’ai centré mon activité sur du conseil « en live » plutôt que sur de longs rapports écrits – ce qui m’a amené à développer une méthode de travail particulière au croisement du conseil stratégique, du coaching et de la création… »

D’autres comme Vincent n’ont pas changé pour autant la stratégie de leur entreprise « si le planning quotidien peut être impacté, ce n’est pas le cas de la stratégie ou de la gestion en temps que tel » Vincent note surtout un impact positif sur sa vie personnelle « cela pousse à respecter un meilleur équilibre famille/boulot » et ne pas tout sacrifier pour sa boite… Ou comme le dit Yves « les pauses « obligatoires » que cela engendre permettent la réflexion et un rythme de vie un peu plus sain« .

Certains comme Mikael voient leur motivation augmenter « devenir papa, c’est également devenir responsable financièrement d’une famille. Lorsqu’on est en couple, se retrouver à manger des pâtes ce n’est pas grave, mais lorsqu’on devient parents, nous sommes désormais responsables de nos enfants, qui ont des besoins inévitables : nourriture, couches, soins… Notre droit à l’erreur, n’est donc plus le même. Devenir papa, a donc augmenté ma motivation, car je souhaite pouvoir voir grandir mon fils dans de bonnes conditions« .

Avoir une enfant serait donc bénéfique pour soi et pour son entreprise. Cette dernière bénéficierait d’un regain de motivation du papa voulant assumer son rôle de chef de famille et mettre ses enfants à l’abri des besoins. Comme de tous temps finalement, sauf que les façons de faire ont changé, de la cueillette de fruits et la chasse au mammouth au développement d’une startup, il n’y a qu’un pas…

C’est peut-être là qu’on note une différence avec les mamans entrepreneuses, qui elles n’hésitent pas à mettre en stand by leur boite le temps de voir leurs enfants devenir autonomes, ou tout au moins le temps de l’accouchement, de l’allaitement et de se séparer de leur bébé. Mais elles n’ont pas trop le choix et même si elles clament haut et fort qu’elles ne s’arrêteront pas, c’est physiologique, le lien mère-enfant est très fort et difficile de s’en passer pour retourner à son poste…

Yves va même plus loin en disant qu' »être père influe sur la portée que je veux donner à mon entreprise. Le long terme, l’impact de mes conseils sur mes clients et leur environnement, le rôle que je peux jouer pour améliorer le monde qu’elle va occuper toute sa vie… Je dirais qu’au lieu de limiter mes horizons, la paternité a boosté mes ambitions. En premier lieu, celle de pouvoir développer une belle entreprise, influente et respectable, avec mes valeurs. Avec mes convictions. Ne pas me mentir en me coulant dans un moule que je ne pourrais pas assumer devant elle« . Être soi et défendre ses idéaux s’impose d’autant plus lorsque les enfants arrivent et qu’il faut leur transmettre des valeurs et les lancer dans la vie de façon sereine et bienveillante.

Assistons-nous à une mutation sociétale durable ?

Les avis sont partagés. Pour Vincent « oui, clairement. Je pense que les papas ont plus leur place qu’auparavant, avec ma femme on est sur un pied d’égalité tant pour les enfants que pour le boulot. Même s’il y a toujours des frustrations« . Par contre pour Mikael, « clairement non ! Dans un couple il y aura toujours un des 2 parents qui aura moins de temps à consacrer à son enfant, surtout dans les couples où il y a un entrepreneur« . Selon lui « un seul des deux parents peut être entrepreneur pour la bonne organisation de la famille. Il est je pense primordial que l’autre ait un « job » moins prenant. On dit souvent que derrière chaque entrepreneur se cache une femme (vrai dans l’autre sens !), et on s’en rend encore plus compte lorsqu’on l’on devient papa ! »

Yves lui s’interroge « oui la société change vraiment ! Les papas sont de plus en plus nombreux à comprendre que leur rôle dans la famille va au-delà de celui du chasseur cueilleur qui doit uniquement rapporter à manger à la maison. Ils cohabitent mieux avec leurs propres sentiments paternels je crois. Cela dit, s’en occupent-ils autant que les mamans ? Qui suis-je pour répondre à ça ? » Ces questions sont finalement très personnelles et il n’existe pas de mode d’emploi pour gérer sa vie de papa-entrepreneur.

Yves préfère « être un papa surbooké qu’un entrepreneur surbooké ».

Vincent conseille de « bien réserver un créneau où l’on coupe complètement pour se consacrer aux enfants. Ne pas commette l’erreur de penser que l’on peut tout mener de front : soit on s’occupe bien des enfants et on ne peut pas être disponible pour le boulot, soit on bosse et on n’est pas vraiment disponibles pour les enfants (en tout cas pas de manière satisfaisante) ».

Pour Mikael, « l’organisation du couple permettra de concilier les 2, entrepreneuriat et vie de papa. Ensuite, il faut savoir des fois remettre certains choses au lendemain. Si vous avez envie de profiter de votre enfant une matinée, une soirée ou une journée, alors que votre inbox votre montre 500 emails non lus… Profitez quand même de votre enfant ! La plupart des sollicitations peuvent attendre quelques heures, mais pas forcément votre enfant 😉« 

  • Yves Bonis

    Bonjour et merci pour cet article Peggy.

    Pour avoir déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet, j’ai beaucoup apprécié ta façon de retranscrire nos différentes sensibilités dans ce texte.

    Merci,

    Yves