Quelle stratégie de monétisation pour les médias de demain ?
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Quelle stratégie de monétisation pour les médias de demain ?

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A l’occasion du FrenchWebDay Médias de ce jour, nous revenons sur la stratégie de monétisation de 3 médias que nous avons rencontrés ces dernières semaines. Nous leur avons demandé comment ils envisageaient l’avenir de ce secteur économique pour eux et de façon générale.

SoonSoonSoon : diversifier ses sources de monétisation

Alexis Botaya et Ganaël Bascoul ont fondé SoonSoonSoon en 2011, un média en ligne made in future et un cabinet qui décrypte les tendances durables d’avenir pour les entreprises.

Le business model repose sur plusieurs sources :

• la réalisation du Soonnoscope 4 fois par an qui décrypte les tendances émergentes sur une centaine de pages. Il est vendu en ligne au tarif de 225 à 250€HT l’unité.
• une offre sur mesure qui concerne 40 clients qui cherchent à analyser le marché sur lequel ils travaillent et les évolutions à venir.
• des cycles de conférences et workshops en France et à l’international. La prochaine sera au Zimbabwe.

Ces offres sont pour des clients professionnels, de grandes marques comme des PME qui n’ont pas les moyens de payer une agence de tendance ou d’internaliser cette veille faute de temps et de moyens humains.

  • Comment un média en ligne peut-il devenir rentable aujourd’hui ? De quelle façon ?

Le média en ligne constitue un formidable véhicule relationnel, entre une équipe éditoriale, des lecteurs et des contributeurs, mais nous pensons que son modèle économique doit s’affranchir du modèle média classique, tel que la monétisation par la publicité ou les abonnements payants, pour explorer les hybridations avec le e-commerce (distribution directe, marketplaces, box…), l’événementiel (conférences, formations, ou même d’événements plus différenciants en collaboration avec leurs annonceurs et leurs communautés…), sans oublier l’édition (oui, du papier!) et la production. Ces pistes d’innovation sont d’ailleurs aussi celles des médias traditionnels, qui ne forment déjà presque plus qu’un avec les médias online, et pour qui chercher des voies de diversification est depuis quelques années essentiel à leur survie. Nous pensons qu’à termes on ne fera plus aucune distinction entre média en ligne et média traditionnel, nous serons tous dans le même bateau !

  • Quelle est votre définition de l’innovation média ?

L’innovation, c’est avant tout trouver de nouveaux sujets et de nouvelles manières d’en parler, avec une composante importante donnée au contributif et au crowd. Par exemple, nous cherchons toujours chez Soon à interviewer des personnes qui n’ont habituellement pas accès à des médias grand public, nous essayons d’explorer le futur chaque semaine avec nos contributeurs (la communauté des éclaireurs), et nous essayons de dresser des ponts, des liens, entre l’industrie, l’art, le design, le web… Le but du jeu étant qu’à terme le média puisse aussi faire naître des idées par l’échange, et ne se contente pas de les relayer.

Autre point : avant, lorsqu’on parlait de hors-média ou de diversification (conférences, etc.), tout cela était piloté par les régies pub. Mais demain, avec le contenu qui restera au centre de la valeur du média, les journalistes auront une nouvelle responsabilité : celle de pousser leurs contenus via d’autres canaux, avec de nouveaux outils. C’est la rédaction qui pilotera cette diversification. C’est d’ailleurs ce que nous faisons chez Soon Soon Soon : notre contenu, c’est l’innovation, les usages émergents. Ce contenu, nous le poussons sur notre newsletter chaque semaine, mais également dans des publications papier, lors de conférences, au cours de formations, dans des cahiers d’innovations, à travers du brand content, etc. A chaque fois, c’est le même métier (trouver le bon contenu et le mettre en forme) auquel s’ajoute un autre « métier-module » : édition, formation, événementiel, marketing, etc. Cette évolution des médias est extrêmement intéressante car elle laisse le contenu au centre et elle ne dépossède pas la rédaction.

Encore Magazine : la transition vers une version papier

Encore Magazine a été créé en mai 2014 par Marie Ouvrard, journaliste depuis 10 ans et fondatrice d’une boite de production de contenu vidéo. Marie a lancé seule Encore Magazine sur fonds propres, mais il y a toute une équipe de passionnés derrière qui ont contribué à faire décoller le magazine rapidement : 15 000 visiteurs mensuels aujourd’hui. Une aventure collective qui poursuit aujourd’hui son chemin vers l’édition papier.

Sur le modèle des magazines de presse indépendante internationale comme Offscreen ou Intern. Encore sera une version papier « haut de gamme », disponible sur le net, en concept store et librairies, au prix d’environ 10€ le numéro trimestriel.

En parallèle, Encore Magazine proposera une ligne d’objets »inspirants » de déco, papeterie à l’image de la marque. Le magazine en ligne quant à lui, restera non monétisé comme depuis ses débuts.

  • Un média en ligne peut-il mettre en place un business model rentable ?

Oui, c’est possible, certaines plateformes le prouvent aujourd’hui. Les sites news qui drainent un gros trafic ont encore sûrement de beaux jours devant eux. Pour ce qui est du contenu plus approfondi et coûteux, la solution reste à trouver. Aujourd’hui, pour moi le défi est de transformer en consommateur une génération habituée à l’info gratuite, comme on l’a fait pour la musique ou le cinéma. Des applications comme Blendle peuvent être une solution.

  • Comment les médias peuvent-ils innover actuellement ?

Ces dernières années les modes de consommation et de diffusion de l’information se sont transformés. L’enjeu pour les médias est donc de réussir à proposer à son public une expérience de lecture adaptée et multimédias.

Pour Encore, nous avons fait le choix de démarrer sur le web pour tester puis lancer notre version papier car c’est pour nous le medium le plus adapté à notre contenu long et intemporel. Nous nous inspirons de la presse indépendante française et étrangère et des mooks comme XXI, Intern, Kinfolk ou OffSreen.

Luxsure : monétiser grâce aux marques

Luxsure est un groupe média dédié au luxe, fondé par Pascal Iakovou en 2008. Pascal s’est lancé seul dans la création du magazine, avec l’idée d’en faire un vrai groupe média dans les années à venir.

Aujourd’hui Luxsure, c’est une version française, russe, anglaise et coréenne, une web tv, un site dédié à l’actualité mode people, une version papier à la demande, et un guide touristique. C’est 60 000 à 80 000 visiteurs par mois. Les contributeurs sont des bénévoles et des stagiaires.

Le business model repose sur les billets sponsorisés et les bannières publicitaires, mais aussi sur le consulting pour les marques de luxe et la mise en relation entre marques et influenceurs via l’agence que Pascal a créé en parallèle de Luxsure.

  • De quelle façon un média en ligne peut-il monétiser son audience ?

Un media en ligne peut devenir rentable s’il arrive a monétiser sa production de contenu en la valorisant et devenant ainsi producteur de contenu pour marques. En parallèle, les medias eux-mêmes doivent devenir des marques. Et ainsi monétiser leur audience et leur expertise en tant que marque (égérie, projets) ou en tant que consultant.

  • Quelles sont les sources d’inspiration et d’innovation de Luxsure pour trouver de nouvelles sources de monétisation ?

L’innovation passe par le social media et l’adaptation du contenu aux différents supports. Il y a aussi la possibilité d’utiliser le media digital pour créer des publicités innovantes qui proposent une vrai expérience utilisateur.

Personnellement j’avoue ne pas vraiment regarder les médias étrangers et les autres supports français. Je suis plus inspiré par ce que font les marques comme Burberry, Chanel, Miyake.