Vie professionnelle ou vie personnelle : faut-il vraiment faire un choix quand on est entrepreneur ?
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Vie professionnelle ou vie personnelle : faut-il vraiment faire un choix quand on est entrepreneur ?

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Lorsqu’on est chef d’entreprise, très souvent le développement de celle-ci passe en priorité sur tout, et surtout sur sa vie privée.

La spirale est infernale mais provisoire

Parfois sans s’en rendre compte, car la passion et la motivation sont tellement dévoreuses de temps, envahissent à un tel point les pensées et font passer tout le reste pour des futilités qu’il arrive que les entrepreneurs, surtout au début ou en cas d’accélération, passent totalement à côté de leur vie personnelle. « Il y a forcement des périodes, lors du lancement de l’entreprise, pendant des coups de bourre, où nous sommes moins disponibles et donc plus enclin à faire l’impasse sur notre vie personnelle » explique Émilie Lebrun, fondatrice de l’agence Whodunit. Stéphanie Huguet, fondatrice de Step by Step Events ajoute « en créant mon activité, j’avais conscience que ma vie personnelle allait être mise de côté un moment. J’avoue être en effet focalisée à 100% sur mon activité, et ressentir parfois la peur d’être « déconcentrée » dans mon projet« . Mais comme elle le dit « créer c’est choisir » et « ce n’est pas une impasse, c’est une parenthèse que l’on s’impose pendant quelques années, des années décisives pour la nouvelle activité« .

Se laisser plus ou moins volontairement submerger par sa boite

La startup devient l’unique raison de vivre et tout le reste est abandonné : sport, loisirs, amis, conjoint(e), parfois même les enfants. « Tout est prétexte à travailler, et si je pars dans mes CSS, SEO ou débogages divers…aïe aïe, aïe… Idéalement, si je pouvais ne pas m’arrêter… » nous dit Delphine Mora, fondatrice d’Abykarra. Plus rien ne compte sauf le développement de « son bébé » comme certains le disent avec un sourire angélique aux coins des lèvres… Il est alors très facile de tout mettre de côté en invoquant l’obligation de réussir, pour arriver à l’objectif fixé, se verser un salaire, payer ses charges, répondre aux exigences de ses investisseurs, etc… Ne plus venir aux soirées entre amis qui ne sont « que salariés » et qui ne comprennent rien à l’entrepreneuriat, de quitter sa copine (ou son copain) parce qu’elle(il) demande trop d’attention, de ne pas aller à cette journée Disney avec ses enfants car le site est down ou rater une fois, puis deux, trois quatre fois et ne plus du tout aller courir avec ses amis le dimanche matin parce qu’il est impossible d’être fatigué et de végéter sur le canapé toute l’après-midi…

Les priorités rappellent toujours à l’ordre

Mais fort heureusement, les obligations vitales, et surtout celles des enfants pour celles et ceux qui en ont les rappellent à l’ordre « mes enfants me ramènent à la réalité et m’obligent à m’organiser : si j’ai un bug ou retard d’impression, je suis obligée de prévoir un arrêt pour le ramassage scolaire, les devoirs, le bain, les nourrir, les coucher… » explique Delphine. Pour les autres, ceux qui n’ont pas des demi-portions avec des besoins vitaux, comme le dit Émilie « tout reste une question de priorité et d’organisation. C’est même vital de pouvoir changer d’air, de prendre du recul et de rencontrer des personnes n’ayant aucun lien avec le monde de l’entrepreneuriat. C’est une bouffée d’oxygène pour notre cerveau« . Tout est donc possible si tant est qu’on s’en donne les moyens et qu’on le veuille vraiment.

Prendre des bouffées d’oxygène

Tous les entrepreneurs ont vécu cette situation à un moment donné et il faut un sacré caractère pour sortir de ce cercle infernal au risque de s’enfermer dans un monde déconnecté de la réalité, de perdre ses amis, sa famille, de négliger sa santé physique et mentale et de ne plus vivre que pour son entreprise. « J’ai parfois moins de temps pour voir mes ami(e)s, mais on arrive toujours à trouver un moment pour se voir ou se téléphoner » indique Magaly Hue, accompagnatrice en bien-être intérieur. Pour autant, comme le dit Émilie, « le besoin de prendre du recul, une bouffée d’oxygène revient naturellement« . Il y a un moment où le besoin s’en fait sentir et il ne sert à rien de s’obliger à rester vissé sur sa chaise devant son ordinateur, car la productivité et la créativité ne seront pas au rendez-vous. Créer son entreprise impose une « balance entre la vie privée et la vie professionnelle qui va être déséquilibrée pendant quelques temps » pense Stéphanie. Reste donc à savoir la faire pencher du bon côté au bon moment.

Trouver un juste milieu

Bien évidemment, il n’est pas question de se la couler douce et d’aller au cinéma à la place d’un rendez-vous ou de passer l’après-midi entière à Starbucks avec des amis. Il y a un juste milieu. S’accorder des moments à soi, loin de son activité d’entrepreneur, faire une pause et s’aérer l’esprit est bénéfique pour prendre du recul, anticiper les évènements à venir, être réactif, humer l’air du temps, trouver de nouvelles idées et ne pas « péter un câble » à la moindre difficulté ou contrariété. « Depuis un an, je me suis autorisée à avoir une activité sportive régulière dans un club. Je fais de l’escalade. Ce qui est super important pour la vie sociale. Rencontrer du monde, ne pas rester isolée … » explique Magaly. De plus pratiquer des activités permet « d’élargir son réseau » et pourquoi pas de trouver de nouveaux clients.

Arrêter de culpabiliser et penser à soi

« Il est important de s’accorder du temps, de s’organiser chaque semaine pour se ménager des plages de détente, du temps pour soi afin de recharger les batteries et de repartir pour une nouvelle semaine » explique Émilie. Un avis qui tombe sous le sens et qui semble évident lorsqu’on a réussi à passer le cap de la culpabilité que l’on ressent lorsqu’on s’accorde une pause. Une culpabilité très souvent héritée de l’éducation parentale qui a bien souvent interdit aux enfants d’aller à des boums en dehors des vacances scolaires, sous peine de devenir éboueur ou femme de ménage au lieu de faire HEC ou médecine. « Mon entreprise est là dans ma vie, elle fait partie de moi, mais je n’ai aucun scrupule, aucune culpabilité à prendre du temps pour moi, mes amis et mes amours ! Parce que si je ne fais que bosser mais que mon corps me lâche, j’aurais l’air malin, seule et avec une boite dont je ne peux plus m’occuper » explique quant à elle Aurélie Collet, fondatrice de The Smile Workshop, qui a appris il y a bien longtemps à relativiser, faire des pauses et surtout écouter son corps avant qu’il ne soit trop tard « j’ai une sclérose en plaques, je vis avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête » alors pas question de « finir en siège roulant si je n’écoute pas mon corps quand il a besoin de se reposer et de se détendre ! » Aurélie vit à 100% et pas que pour le boulot « ma vie personnelle à tout niveau, je ne la laisse pas de côté, je la vis tout autant !«